07 mars 2007
Qu'est ce que le codéveloppement?
• De quand date la coopération entre la Vendée et le Bénin, et quelles en sont les grandes étapes ?
Le Bénin a été pour la Vendée, dès 1992, le laboratoire d’une coopération décentralisée originale et efficace. Dès que la loi a autorisé les collectivités locales à passer des conventions avec des partenaires étrangers, Philippe de Villiers a souhaité que son département soit l’un des tout premiers à se lancer dans l’aventure du codéveloppement. L’expérience béninoise, se révélant particulièrement positive, a ensuite été transposée à d’autres pays, en l’adaptant à leurs besoins spécifiques.
• Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la « coopération décentralisée » ? Quels sont ses principales caractéristiques ?
Il peut y avoir divers types de coopération décentralisée. Certaines relèvent davantage du voyage touristique ou de l’opération médiatique que d’une réelle volonté d’engagement au service du développement. Pour être efficace, la première chose à faire est donc de sélectionner soigneusement les acteurs locaux dont le département va fédérer et compléter les initiatives en fonction du sérieux de leurs projets et de trouver au sein du partenaire de coopération des relais motivés et intègres. Les projets qui marchent reposent sur des binômes solides, composés d’un chef de file vendéen et d’un chef de file béninois qui s’investissent l’un et l’autre de manière durable. Il faut prendre garde à ne pas imposer de rythmes artificiels, mais respecter le rythme de celui que nous accompagnons : alors, l’expertise que nous apportons sera pleinement et durablement assimilée. La coopération décentralisée ne se fixe pas des objectifs abstraits : elle part des besoins réels du partenaire béninois et recherche des expertises vendéennes susceptibles d’y répondre. Elle est pragmatique. Elle n’est pas planificatrice. C’est une coopération de proximité, de visage à visage et, pour cette raison, perpétuellement sous contrôle. C’est une coopération constamment évolutive, la coopération changeant de registre et de modalités au fur et à mesure que le partenaire maîtrise les savoirs et les techniques apportés.
• Concrètement, quels sont les projets vendéens qui ont vu le jour ?
Les projets vendéens ont naturellement privilégié le développement des zones rurales. En dix ans, nous avons progressivement créé un réseau de maisons familiales rurales tourné vers la formation des jeunes agriculteurs et des femmes. Nous avons lancé un projet particulièrement ambitieux de réseau de mutuelles de santé rurales, en nous appuyant sur la forte tradition mutualiste de notre département, qui a constitué l’un des fondements du « miracle économique vendéen ». Nous avons créé le premier centre de formation professionnel au Bénin, destiné aux mécaniciens réparateurs de deux-roues, mode de déplacement privilégié au Bénin. Nous avons mené avec Pharmaciens sans frontières une action de rationalisation des circuits d’approvisionnement et de distribution des médicaments dans les centres de santé ruraux. Nous avons contribué à créer une caisse d’épargne rurale destinée à financer des microentreprises lancées par des femmes.
• Et ceux à venir ?
Nous allons maintenant entrer dans une phase de consolidation et d’extension des projets entrepris. Lors de sa visite officielle au Bénin, en décembre 2005, Philippe de Villiers a signé avec le ministre des Affaires étrangères un protocole de partenariat pour dix ans, qui prévoit un véritable transfert de compétences en matière de formation professionnelle. L’action concernant les médicaments va être prolongée, confortée et étendue grâce à la mise en place d’une formation de commis de pharmacie, indispensable à la bonne gestion des médicaments dans les centres de santé. Elle sera complétée par une formation spécifique pour les médecins et infirmières appelés à lutter contre l’usage de drogues. Deux formations vont être lancées avec la chambre des métiers de Vendée : l’une destinée à la filière pêche, et l’autre aux métiers de la boulangerie. Nous allons poursuivre la logique de création de réseaux concernant les maisons familiales rurales (une création est prévue tous les trois ans pendant dix ans) et les centres d’apprentissage pour mécaniciens, avec une extension en direction de la petite mécanique agricole destinée en particulier à accompagner le développement du maraîchage.
• Le développement des pays pauvres semble être la seule politique qui puisse fixer les populations dans leur pays d’origine. Je suppose que cette considération entre en ligne de compte ?
Que devons-nous favoriser ? L’installation de médecins béninois sur la Côte d’Azur, qui prive leur pays de compétences qu’ils ont acquises aux frais de leurs concitoyens ? Ou bien les élites béninoises courageuses qui choisissent de rester sur place et de consacrer leur énergie au développement de leur pays ? La Vendée a choisi la seconde option. Notre coopération entend contribuer à enrayer un processus pervers : celui de l’exode rural, du mirage des mégalopoles qui se transforme vite en chômage et en entassement urbain et fait naître la tentation de l’émigration vers l’Europe et le cortège de déceptions qui l’accompagne. La cohérence de notre coopération vise à prévenir la dévitalisation des zones rurales et s’attaque donc à la question de l’émigration à sa source. Elle tourne le dos aux processus qui détruisent la substance des pays africains : la captation de leurs élites par les pays du Nord et l’impasse à laquelle conduit immanquablement une émigration sans qualification.
• Le modèle vendéen est-il exportable dans les autres départements ? Pourrait-il être généralisé dans le cadre d’une politique nationale ?
Ce que la Vendée a fait avec le Bénin est à la portée de tout département français qui souhaite s’investir sérieusement dans le codéveloppement. Financièrement, les investissements ne sont pas considérables. En revanche, ce type de coopération exige un investissement humain important et durable. Le département de la Vendée s’appuie sur l’engagement et la compétence d’associations et d’organismes départementaux qui ont fait leurs preuves. La qualité et la motivation des personnes conditionnent la réussite des projets. La Vendée peut compter à cet égard sur un tissu associatif particulièrement dense et sur une tradition de bénévolat qui reste très vivante. Il faut choisir : encourager l’émigration des pays du Sud, c’est-à-dire les dépouiller de leurs ressources humaines et les condamner à une pauvreté durable, ou contribuer activement à leur développement en incitant leurs élites à se mettre au service de leur peuple et en leur apportant une coopération généreuse, lucide, concrète, efficace. La Vendée montre un chemin possible.
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27 novembre 2006
Combien coûte l'immigration?
Comme toute politique publique, celles de l’immigration et de l’intégration devraient pouvoir être évaluées, débattues et tranchées démocratiquement. En face de chaque euro d’argent public dépensé, il devrait y avoir une justification. Or, aujourd’hui, seul le ministère des Affaires sociales identifie des lignes budgétaires explicitement consacrées aux «migrants étrangers», réfugiés et demandeurs d’asile. Pour le reste, il n’existe aucune étude officielle, c’est-à-dire aucun moyen d’évaluer l’efficacité des dépenses publiques liées à l’immigration et l’intégration des étrangers, de sorte que nul ne peut savoir ce qui mérite d’être réduit, réorienté, augmenté ou supprimé. Comme l’a récemment rappelé la Cour des comptes, c’est d’un rapport d’enquête des finances publiques exhaustif dont nous avons besoin pour débattre devant les Français des moyens et des objectifs de ces politiques.
En 2004, les magistrats de la rue Cambon – à commencer par leur président, Philippe Séguin – regrettaient «les lacunes du recensement des fonds publics affectés à l’accueil et à l’intégration». La Cour constatait «que le souci de donner des chiffres n’a jamais été prioritaire. Même le Parlement n’aura pu disposer d’éléments d’évaluation crédibles». L’année suivante, des économistes sérieux, sans moyens d’État, ont évalué à 36 milliards (fourchette basse) le «coût supplémentaire» annuel de l’immigration et de l’intégration pour le contribuable dans les quinze prochaines années, soit 80 % du déficit public ou encore 13,5 % des dépenses. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi ne veut-on pas comprendre que la France est en réalité indifférente à la couleur de peau, mais qu’elle ne l’est pas aux immigrés ayant des structures familiales et une culture trop éloignées de la sienne ? Dans «Le Destin des immigrés» (Points Seuil), Emmanuel Todd a démontré combien ces différences avaient de lourdes conséquences sur le niveau culturel, l’adaptabilité scolaire, professionnelle, sociale, la façon de pratiquer la religion de ces migrants. En réalité, devant l’ampleur d’un phénomène qu’elles ont largement provoqué depuis le milieu des années 70, gauche et droite sont restées depuis totalement paralysées, prises dans le piège tendu d’un côté par M. Le Pen, dont les dérapages verbaux ont perverti le débat, de l’autre par le terrorisme idéologique des «antiracistes», ses alliés objectifs. Tous ont eu intérêt à ce que rien ne change. Les problèmes gigantesques posés par l’immigration et l’assimilation en France – à commencer par ces 35 à 40 milliards d’euros de dépenses annuelles nécessaires à l’application d’une politique d’immigration zéro – sont bien le résultat de la défaillance collective de tous ces gens-là.
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